"JEU DE LA VIE"
Adrien Seuzaret-2026
Jeu de la vie explore la manière dont quatre forces inspirées du Purushartha indien traversent l’existence : désir, construction, justesse intérieure et libération. Adrien Seuzaret n’aborde pas ces notions comme un système conceptuel, mais comme des mouvements qui agissent dans les corps, dans les attitudes, dans les impulsions autant que dans les résistances. Chaque œuvre de la série incarne l’une de ces directions.
Les figures sont captées dans des postures prises sur le vif, presque comme des instantanés photographiques. Adrien part de ces moments suspendus pour les réinterpréter picturalement, en y distillant ses propres tensions et ambiguïtés. La série se déploie autour d’une gamme chromatique réduite : un vert profond, qui évoque le tapis de billard qu’il affectionne, et un rouge plus tranchant, qui renvoie au risque, au déséquilibre et aux dérives du “jeu” qu’il soit financier, social ou existentiel.
La technique des croisillons, travaillée ici de manière instinctive, fragmente la surface et empêche toute immobilité. Elle ouvre des interstices, laisse circuler la lumière, rappelle que rien n’est jamais fixé : ni les positions, ni les rôles, ni les certitudes que chacun porte. Les figures semblent se constituer et se dissoudre dans le même mouvement, comme si elles passaient d’un état à un autre sous le regard.
Dans cette série, Adrien privilégie la présence plutôt que la ressemblance, l’énergie plutôt que le fini. Influences et références affleurent — notamment l’épaisseur des impastos ou la construction des visages chez Lucian Freud — mais elles servent un propos propre : montrer comment un individu peut être traversé par des forces contradictoires, comment une vérité intérieure peut apparaître un instant puis glisser ailleurs.
Jeu de la vie ne cherche pas à raconter des histoires particulières. La série propose plutôt une manière d’observer l’existence : non comme un objectif à atteindre, mais comme un passage où s'entremêlent désir, élan, résistance et clairvoyance. Les œuvres n’imposent pas une interprétation ; elles ouvrent un espace où chacun peut reconnaître ses propres trajectoires, ses propres zones d’ombre et de bascule.
"ROSES D'ASPHALTE"
Adrien Seuzaret-2026
Le projet « Roses d’asphalte » est un cycle de portraiture dédié aux vendeurs à la sauvette qui opèrent au cœur des grandes métropoles mondiales. Ces individus évoluent quotidiennement dans des lieux de prestige, au pied de monuments historiques ou au sein de beaux quartiers tout en demeurant relégués à une invisibilité sociale absolue.
Le projet vise à briser ce paradoxe en opérant une recontextualisation radicale de leur image par le
prisme de la haute couture.
La démarche s’appuie sur une phase préliminaire de recueil de récits. Derrière la figure anonyme du vendeur se cachent souvent des trajectoires de vie hors du commun : des odyssées contemporaines marquées par l’exil, la prise de risque et une résilience exceptionnelle. Le projet transforme ces parcours, souvent remplis d'aventures et d'épreuves, en une souveraineté plastique sur la toile. En studio, chaque modèle adopte une posture d’apparat, empruntant l'assurance et l'élégance des icônes de magazines de mode.
L’enjeu esthétique est ici indissociable d’une volonté de dénoncer le mépris social. En utilisant les codes du prestige pour représenter ceux que la société ignore ou rejette, « Roses d’asphalte » s'attaque directement à la hiérarchie des visibilités. Il ne s'agit pas de masquer la précarité, mais d'affirmer la noblesse intrinsèque du labeur et la dignité de l’individu, indépendamment de son statut économique.
En transposant ces visages sur des formats monumentaux, la série impose un face-à-face solennel avec le spectateur. Le projet devient ainsi une archive humaine puissante, transformant le travailleur de l'ombre en une figure iconique, érigeant sa persévérance en véritable monument pictural au sein de la modernité urbaine.

"Tafat", 2026






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